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Fugitive Data

Exhibition Collective de Peintres Numériques

La Légende des DatasChant XXIII
Sans octet et sans pixel, sans pixel ni octetSans qu'un pixel nous trompe où ronge un octet
Faire de son octet un jour au lieu d'un songeRespecter son pixel aussi loin qu'on y plonge
Allez, braves octets, où le vent vous entraîneJouez, en bons bouffons, la comédie humaine
Elle prolonge indéfiniment des pixels éternelsPour que nous puissions les voir de nos prunelles
Des amours que nos octets brûlent sur les autelsRéponds, quand serons-nous pour jamais immortels
Le jour s'exhalant en octets superflus,Redemande au passé les pixels qui ne sont plus
Veux-tu mourir, dis-moi ? Tu souffres et je souffreNos octets sont profonds et vides comme un gouffre

La Légende des DatasChant XI
Tels d’anciens amants, les logiciels honteux qui longent les mursS'en vont vers les claviers taciturnes de leurs bits impursL'arborescence de l'application où quelque nouveau désirNous pousse-t-il, incrédules, aux octets du plaisir ?
Elles sont si vectorielles vos penséesD'une belle sauvegarde commencéeColorisation d'infini, léchant vos computers telle une putainMiroir d'interactivité dont le cul en est le tain
Laissez-les s’envoler ; c’est une data qui passeC'est un pixel angélique ouvert sur l’espaceLointaine puce, immense dont l'archive est sombreScanner immobile, dont la barbare matrice mange les ombres
Des méta-cafards se compilent au fond d’un tombeauTristes et tièdes ils errent après un brouillard fugitif et beauD'un code vertigineusement nauséeux de pluieIls s’en vont mélancoliques vers des datas hors-circuit

La Légende des DatasChant IV
Que nous dit la peinture numérique ?Parmi les poussières de sa modernité hystérique C'est elle dont la terre appelle encore la flammeEt qui, triste d'errer, cherche toujours une âme
Le charme tout-puissant de l'art digitalÉlève un esprit sage jusqu'au zénithaleIl aime mieux au soleil chanter les octets sphériques Qui d'un pas inégal le suivent colériques
Et l'artiste errant sous son massif algorithmiqueOuvre chaque péninsule aux clartés arythmiques Un peu de flux sur ses bits couleLe pixel pâle, pleure et s'écoule
Ô supplice fugitif, que ta data est terribleMais je me plains à tort de tes effets invisiblesDe ces fractals vains mon coeur n'est plus touchéQue le jaloux pixel, à la terre attaché
Vision d’inégales péninsules disparuesCartes mères dures, sordides et cruesPlutôt que mon amour, à vous seul destinéSe tourne en autre part, car pour vous je fus né
Ce pixel noirci du hâle infernal de l'abîmeCe bug où nage encore la vision du sublimeÔ toi qui m'apparut dans ce désert du mondeÔ toi qui brilla dans cette péninsule profonde
Qu'un autre, mariant d’interactives couleursSoit le peintre du chiffre, et le pare de fleursTa bouche d’octets qui n'est qu'à demi closeExhale l'esprit de silicium, de lithium et de rose

PIOTR STANURSKI - Poète martyr de l'art digital -  1927/2015